Le Chili, champs de bataille d’une guerre de l’eau

imagesG3LAAMQC

« L’eau pour le village »

Avant d’arriver au Chili nous avions lu quelques articles sur les conflits majeurs à propos de l’eau : mine dans le désert, disparition de glaciers ou barrage immense. Mais cela ne nous avait pas préparé à ce déluge d’informations d’une véritable guerre pour l’eau entre le système capitalisme et les chiliens.

Les nombreux conflits autour de l’eau au Chili

Nous avons rencontré Nicolas Puech, ex-ingénieur français dans un bureau d’étude créant des réseaux d’eau ; il nous a partagé son point de vue d’européen ayant travaillé au Chili. Et c’est lors de son interview que nous nous sommes rendu compte de l’ampleur de ces conflits. A chaque région que nous souhaitions traverser, il nous soulignait les situations problématiques qui pouvaient nous intéresser. Des mines dans le nord, des barrages au centre mais aussi des exemples plus quotidiens comme de simples parcs urbains réalisés sans se préoccuper de la disponibilité de l’eau pour l’irrigation.

Moins ciblé car sans cas précis, le conflit est également présent pour le réseau d’eau potable. De grandes compagnies comme Agua Andinas sont chargées par le gouvernement de la distribution. Elles profitent de la situation sans concurrence pour monter les prix se faisant des marges impressionnantes.

Cette carte présente les 50 plus grands conflits de l’eau au Chili en 2014. Comment en être arrivés à une situation où les conflits sont tellement nombreux qu’ils nécessitent une carte ?

mapa_conflictos_agua_2013

Carte des conflits pour l’eau au Chili, lien avec zoom dans les sources de l’article

Les mines sont une des grandes problématiques du Nord du Chili. Nous avons choisi d’étudier le projet minier Pascua Lama (voir l’article ici), une des premières grandes victoires du peuple chilien contre les compagnies minières. Pour le cas des barrages nous avons pu assister à une réunion d’une association contre le projet de l’Alto Maipo, en aval de Santiago. Un projet lui aussi très controversé (voir l’article ici).

Le réveil des luttes sociales ou l’effet post-dictature

La dictature et l’horrible répression sont toujours présentes dans la mémoire de tous les adultes de plus de 40 ans. Mais ces dernières années, la nouvelle génération se rebelle de plus en plus face aux décisions du gouvernement. Les grands projets désastreux pour l’environnement ne passent plus sans bruit. La peur reste en fond dans les discussions mais elle n’empêche plus de se mobiliser pour essayer changer les choses.

Moins violente, la répression est visible dans le nombre de militaires le long des cortèges de manifestants et par le budget très élevé consacré à l’organisme de renseignements du gouvernement chilien (Agencia Nacional de Inteligencia). Les chiliens ont décidé de contrer cette répression en rendant les marches plus familiales et pacifiques, accompagnant les manifestants avec des groupes de musique et de danse.

De plus en plus de chiliens sortent également de leur sphère personnelle pour travailler pour le bien commun, rejoignant associations et comités de défense locaux, s’organisant au-delà des marches ponctuelles. La principale mobilisation actuelle est contre le système capitalisme dans son ensemble, pour stopper cette politique « extractiviste », cette main basse sur les ressources naturelles du Chili.

logo_2

« Coordination pour la défense de l’eau et de la vie « , une des associations les plus importantes pour la protection de l’eau au Chili

Un bataillon dans cette guerre pour l’eau : le mouvement MAT

Le Mouvement pour l’eau et les territoires (Movimiento por el  Agua y los Teritorios), MAT, fait partie de ces nouvelles organisations de lutte pour la protection de l’eau. Sa force tient de sa nature nationale. C’est un groupement d’une multitude d’associations locales cherchant à avoir une influence politique suffisamment importante pour changer le code de l’eau. Nous avons assisté à un forum social de l’eau avec 70 représentants d’associations, depuis Chiloé au Sud à Calama au Nord, le samedi 25 mars à Santiago. L’occasion pour nous de voir le fonctionnement d’une organisation de telle ampleur et de discuter avec des associations sur les conflits locaux qui ont poussé à leur création.

Le 22 avril, si vous passez dans la ville de Concepción au Chili ne manquez pas la cinquième marche pour l’eau !

22-abril

Affiche du mouvement MAT pour la marche du 22 avril à Concepción, Chili

Une éclaircie pour le futur ?

Pour Pablo Schnake la priorité n’est plus la technique. Le Chili n’a pas besoin de plus d’ingénieurs ou d’études précises de la situation de l’eau. Le pays a besoin de personnes qui se mobilisent pour faire appliquer cette connaissance, faire appliquer de nouvelles lois protégeant la ressource. Et c’est ce que les chiliens font. On les encourage, nous on rajoute pour l’instant notre petite pierre à l’édifice, faire passer le mot !

Hé, on est passé dans le journal =)

L’association MAT a participé à la marche contre le système de retraite privée chilien et a sorti sa banderole. Et peut-être que deux personnes de plus peuvent comptent pour lutter contre des retraites minuscules : on les a accompagnées. (Toute à droite sur la photo, Marthe T-shirt rouge et Coralie juste derrière !) http://www.mapuexpress.org/?p=16955

movimiento-aguas-y-territorios

« Pour récupérer les eaux et les territoires » Les drapeaux de carrés de couleurs symbolisent les peuples de la cordillère des Andes

Rédigé par Marthe le 16 avril. Relu par Coralie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s